vendredi 4 juillet 2008

Entretien avec Pierre Schoeller, réalisateur de "Versailles"


Sur l'approche esthétique
On a tourné le film en HD. Après, la HD, ça peut donner beaucoup de résultats différents. On a beaucoup travaillé dans de basses lumières, dans des univers de tombée de jour, de levée de jour, de feu, de pénombre, de silhouettage des comédiens, et ça donne ce résultat: on voit, mais il y a toujours cet aspect charbonneux, un peu incertain.

Sur le travail avec Guillaume Depardieu et Max Baissette de Malglaive
On a toujours présenté les choses à Max en lui disant qu'il y avait un personnage, Enzo, et une histoire, qu'il y avait une mère, et une rencontre... on a toujours détaché Max du personnage. Par exemple, au doublage, Max disait "l'autre" en parlant d'Enzo. On a beaucoup travaillé là-dessus. C'est un travail à la fois d'écriture, de casting, de préparation, de montage, et ce que vous avez vu dans le film c'est un ensemble d'attentions qui font que cet enfant est là... et c'était pas simple non plus pour les comédiens qui jouaient avec lui. Pour Guillaume, on a fait un long casting et on est arrivé à lui. J'ai écrit sans penser aux comédiens. Et je trouvais pas de comédiens qui me satisfaisaient sur le rôle de Damien. On me parlait de Guillaume, je le connaissais pas, j'étais pas convaincu, et puis à un moment donné, on l'a contacté, il a lu le scénario, et je me suis dit quel idiot de ne pas l'avoir fait plus tôt parce qu'il était évident que c'était la bonne personne pour le rôle. Ca a toujours été quelqu'un qui a été sur le film et qui a énormément donné pour que le film existe tel qu'il est aujourd'hui. On n'est jamais rentré en conflit sur le personnage. Guillaume, c'est un comédien qui a tellement de visages, qui a une envie de jouer incroyable. C'est un acteur à part et c'est chouette d'avoir eu cette rencontre sur ce film-là, car c'est un acteur qui a une personnalité publique assez compliquée, assez difficile, mais en tant que comédien, si vous isolez ça, c'est quelque chose de merveilleux.

Sur le scénario (la réponse révèle quelques éléments de la fin de l'intrigue)
Il y a eu une lecture du scénario à Angers, il y a un an et demi. J'ai changé beaucoup de choses depuis. Ca c'est l'histoire du film, c'est une histoire de réécriture, de tournage, de montage... J'ai beaucoup écrit sur le scénario, il y a eu beaucoup de versions, il y a eu des versions où Damien mourait, et le gamin se détachait de Damien parce qu'il y avait cette mort, et après cette mort, il y avait les retrouvailles avec la mère, et Max fuguait après ces retrouvailles. J'ai toujours pensé que cette parenthèse avec la mère devait se fermer, pour plein de raisons. Après j'ai pensé que le scénario était déjà assez long, il y a des épisodes qui sont tombés, dont un qui apparaît dans une scène assez simple où Damien lave l'enfant, ça c'est tout ce qui reste d'un long développement où ils faisaient un voyage, et partaient assez loin sur la route. Mais ensuite j'avais un film beaucoup plus compliqué à faire, à produire, qui était sur une durée de trois heures et j'ai dû contracter, contracter, pour me recentrer sur la relation de l'enfant à cet homme et le parcours de Nina dans sa réinsertion...