mercredi 11 juillet 2012

Bilan du 10e Festival Paris Cinéma


FilmDeCulte fait le bilan de cette belle édition anniversaire. C'est par ici !

mardi 10 juillet 2012

Vulgaria


Un producteur de seconde zone est invité dans une classe d’étudiants en cinéma. Amené à défendre sa fonction, il se remémore le tournage chaotique de son dernier projet : le remake d’un film érotique de 1976.

eux qui ont découvert Pang Ho-Cheung avec son précédent film, le percutant slasher Dream Home, risquent bien d’être surpris. Car ce dernier n’était pas forcément l’œuvre la plus représentative de la filmographie déjà riche du cinéaste hongkongais, qui mélange habituellement mauvais esprit et humour potache. On est ici prévenu dès le titre : Vulgaria vise certes toujours le trash, mais cette fois-ci à travers le prisme de l’humour gras, de la blague qui tache bien. Si l’on retrouve avec plaisir son impolitesse irrévérencieuse (notamment via le meilleur usage possible des Frizzi Pazzi), on a tout de même envie de dire que la rébellion à parfois bon dos. Aussi jubilatoires qu’ils peuvent être, les mauvais sentiments ne valent finalement pas plus que les bons : ils ne se suffisent pas à eux-mêmes. A trop vouloir faire tenir un film entier dessus, on finit par les rendre indigestes et étouffants.

L’humour de Vulgaria fonctionne sur plusieurs niveaux : une grossièreté pouet-pouet à priori universelle, et des références culturelles qui ne parleront qu’à de fins connaisseurs. Si les blagues zoophiles n’ont en effet pas de frontières, les jeux de mots en argot local ou les acteurs (inconnus chez nous) jouant leur propre rôle risquent par contre de laisser de marbre plus d’un spectateur occidental. Reste alors l’aspect le moins fin du film (c’est un euphémisme), fait de gags navrants et répétitifs, d’une lourdeur qui mettrait encore plus mal à l’aise sans leur alibi culturel. Si l’on s’amuse par exemple à imaginer un cast français à la place des acteurs d’origines, on croit se retrouvé devant les pires comédies de fin de soirée sur la TNT. Une impression fort désagréable, présente dès la très longue scène inaugurale de repas d’affaire, qui fait écho à la scène équivalente dans La vérité si je mens 3.

On pourra toujours broder sur le fait que Vulgaria parle du milieu du cinéma de l’intérieur. Ce serait comme dire que Dream Home offre un discours social sur les problématique du logement : prêter au scénario un sérieux qu’il ne réclame pas. Sauf peut-être dans son dénouement, en forme de pirouette roublarde. Mais en voulant faire le malin, le film finit au contraire par se vautrer dans le cynisme. La cerise amère sur un gâteau beaucoup trop lourd.

1/6

lundi 9 juillet 2012

Le Palmarès 2012


Prix du jury: Just the Wind, Bence Fliegauf (lire notre entretien ici)
Mention spéciale: Tabou, Miguel Gomes

Prix du public: A Simple Life, Ann Hui

Prix des étudiants: A Simple Life, Ann Hui

Prix des blogueurs: Tabou, Miguel Gomes
Coup de cœur: Our Homeland, Yang Yonghi (lire notre entretien ici)

Jane Eyre


Jane Eyre est engagée comme gouvernante de la petite Adèle chez le riche Edward Rochester. Cet homme ombrageux ne tarde pas à être sensible aux charmes de la jeune fille. C'est le début d'une folle passion...

Encore une adaptation du roman de Charlotte Brontë ? La première question qui vient à l'esprit est "Pourquoi". Jane Eyre, magnifique roman de l'aînée des trois sœurs britanniques, dense, fourmillant, sombre, habité d'une passion immense mais sourde, a été adapté environ mille fois déjà... Parmi les plus célèbres versions, l'une avec Orson Welles et Joan Fontaine, dirigée par Robert Stevenson en 1943 ; une autre en 1996 par Franco Zeffirelli, avec William Hurt et Charlotte Gainsbourg. Pourquoi une de plus ? Eh bien, la réponse est là, juste là, dans la distribution de ces deux rôles principaux. Michael Fassbender dans le rôle de Rochester. Mia Wasikowska dans le rôle de Jane Eyre. Deux acteurs qui sont plus que des étoiles montantes, plus que des "buzz" ambulants, plus que "deux des meilleurs acteurs de ces dernières années". Ce sont deux comédiens à l'expressivité remarquable, qui brûlent, qui donnent chair et sang à leurs personnages, et qui s'y plongent sans retenue. De ceux qui, en un regard, arrivent à faire passer les émotions de toute une vie. Peut-être, oui, comme plusieurs critiques le soulignent, trop beaux pour ces deux rôles. Mia Wasikowska pourtant porte en elle une discrétion qui confère à son personnage une humilité qui correspond exactement à ce que décrit Charlotte Brontë de Jane Eyre : ni jolie, ni laide, et peu lui importe. Pour ce qui est de Rochester, le magnétisme (mot qu'on ne se lasse plus de lire à son sujet depuis son rôle dans X-Men) de Fassbender ne peut que renforcer la crédibilité de cette histoire ; et lorsque Jane lui avoue qu'elle ne le trouve pas beau, son état ne s'en trouve que plus justifié.

Sur toute la ligne, Cary Fukunaga n'a pas choisi la facilité dans son adaptation. Pas de flamboyance, pas de romantisme exacerbé. Pas non plus de "folle passion", à vrai dire, comme le clame le synopsis officiel. Et ça tombe bien, car le roman non plus ne contient rien de ce genre. Tout est vu par le prisme du regard - enfermé, retenu, mais bouillonnant - de Jane Eyre, sa vision du monde, sa vision d'elle-même, et le metteur en scène insiste sur cette idée en construisant son film à partir d'un flashback, commençant ainsi par la dernière partie du roman. Cette idée est d'ailleurs bien plus qu'un simple stratagème pour se démarquer des versions précédentes : elle redonne du dynamisme au scénario, que cette partie dans la famille de St-John Rivers, singulièrement calme et détachée, aurait pu lester ; elle insuffle de l'intérêt pour ce personnage de St-John, qu'à la lecture on se hâte peut-être un peu vite de trouver falot, et elle conforte la relation Jane/Rochester comme cœur de l'intrigue. Mais, il faut le reconnaître : tout va très, trop vite. L'enfance chez les Reed et le pensionnat en particulier, n'en sont réduits qu'à deux ou trois scènes chacun. L'épisode - pourtant essentiel et très marquant - de la chambre rouge est rapide, comme effleuré. De même, l'amitié, la maladie et la mort d'Helen Burns ne durent que quelques instants. S'agit-il alors de ne s'adresser qu'aux lecteurs du livre, qui, simplement par la vision de ces scènes brèves, convoqueront dans leur mémoire le reste de l'histoire ? Peut-être est-on en fait davantage dans un système d'évocation, plutôt que dans une adaptation obéissante ; c'est clairement la deuxième partie qui intéresse le réalisateur, et tout le reste n'est là que pour mieux l'éclairer. Tout se construit, dès le départ, dans une tension inéluctable vers Rochester - cette fameuse "corde" entre leurs deux cœurs -, et surtout vers Thornfield Hall, ce lieu où Jane apprendra tant, notamment sur elle-même.

Si les inconditionnels du roman regretteront l'absence de certaines scènes capitales - en particulier la fameuse scène "de la bohémienne" -, ils ne pourront que se réjouir du talent des deux interprètes principaux. Le regard de Mia Wasikowska, sa voix fluette mais décidée, son port de tête évoquant à la fois la soumission de son rang et la révolte de ses pensées, en font un magnifique vilain petit canard qui ignore sa vraie nature. L'actrice a voulu ce rôle dès le moment où elle a lu le roman, et a elle-même demandé à son agent si un projet était en cours ; c'est peu de dire qu'elle est Jane Eyre jusqu'au bout des ongles, qu'elle partage sa force incroyable, et sa façon de s'être construite seule, et de survivre seule. Elle en a la jeunesse, la force, les frémissements. Face à elle, quel meilleur compagnon de jeu que Michael Fassbender ? Leurs scènes face à face sont toutes sublimes : évidemment brûlantes, mais contenues dans des corps et des âmes tourmentés, par les corsets, les conventions, les empêchements, les circonvolutions, les jeux, les frustrations et les non-dits. Bertha Mason (Valentina Cervi), elle aussi peu longuement exploitée, devient l'évocation de cette ombre, de ce mal absolu qu'on - Jane en premier - ne peut s'empêcher de plaindre, tant elle est, évidemment, la seule à exprimer ce que tous les autres répriment. Autour d'eux, un grand soin est apporté aux décors, aux costumes ; l'éclairage de certaines scènes est si ténu qu'il transforme certains plans en tableaux où les yeux des comédiens deviennent le centre du monde. Les nombreux seconds rôles sont aussi globalement bien distribués : Sally Hawkins toujours assez parfaite en figure maternelle détestable, retrouvant Craig Roberts, déjà son fils dans Submarine ; Judi Dench bien sûr impeccable en Mrs Fairfax, Jamie Bell presque touchant en St-John, la jeune interprète d'Adèle réellement francophone (chose assez rare pour être soulignée)... Seule Imogen Poots semble un peu sous-exploitée en Blanche Ingram.

Il est difficile malgré tout de considérer en toute sincérité que cette adaptation peut se suffire à elle-même ; la lecture du roman semble, si ce n'est indispensable, tout du moins très appréciable pour profiter au mieux du sous-texte du film et de sa charge émotionnelle. On regrettera aussi que le discours intérieur de Jane Eyre, en particulier ses tonalités profondément féministes, soit quasiment passé sous silence - mais c'est le prix à payer pour avoir le droit d'échapper à une sempiternelle voix-off. C'est donc une adaptation imparfaite que nous livre Fukunaga, mais qui, par ses touches d'ombre et de lumière, et par ses deux vibrants interprètes, est malgré tout très réussie.

5/6

Anne Mourand-Sarrazin

Jane Eyre est diffusé mardi en avant-première dans le cadre de Paris Cinéma

The We & the I


C'est la fin de l'année. Les élèves d’un lycée du Bronx grimpent dans le même bus pour un dernier trajet ensemble avant l’été. Le groupe d'adolescents bruyants et exubérants, avec ses bizuteurs, ses victimes, ses amoureux… évolue et se transforme au fur et à mesure que le bus se vide. Les relations deviennent alors plus intimes et nous révèlent les facettes cachées de leur personnalité…

Bien malin celui qui pourra suivre la trajectoire de Michel Gondry. Après avoir fait ses preuves, et de quelle manière, en imposant son univers décalé, rêveur, lunaire, mélancolique et bricolo du clip au cinéma, après avoir remporté un Oscar, après avoir dirigé George Clooney dans un de ses meilleurs rôles (les pubs Nespresso), on aurait pu penser que Gondry allait s'installer. Un documentaire sur sa tante et un film de super héros plus tard (L'Epine dans le coeur, The Green Hornet), et on avait déjà une réponse: Michel Gondry ne se laisse pas passer de ficelle autour du cou. The We & the I confirme cette trajectoire libre, quasi expérimentale, quitte à faire quelques sorties de route. On a longtemps peur que The We & the I se prenne les pieds dans son concept et pour être tout à fait honnête, le résultat est loin d'être parfait. L'expérience piétine à plusieurs reprises, avec la pénible sensation, parfois, d'être assis dans le bus des personnages et de subir leurs hurlements débiloïdes, comme l'impression de retrouver les pires cons que vous avez fui, avec soulagement, au collège.

Mais peu à peu cette limite devient l'attrait de The We & the I. Les jeunes acteurs jouent plus ou moins leurs propres rôles, avec leurs propres mots, Michel Gondry est au mix de ce flow non-stop, quelquefois drôle, souvent assommant. Mais on n'est pas face à des machines à blagues, comme peut l'être Seth Rogen, l'étouffante star de The Green Hornet. Par sa crudité, sa spontanéité, ses ratés, The We & the I impose son ton cash, quitte à faire de ses jeunes héros de simples cons. Mais de vrais ados. Peu à peu c'est cette vie qui palpite et qui s'échappe du brouhaha, sentiment encore plus évident alors que le temps passe, le soleil décline à travers les vitres, et le bus se vide. D'abord juste potache, le film finit par capter quelque chose de ce dernier jour d'école, ces premières heures de vacances, cet été qui s'annonce interminable, ce soir new-yorkais. Quelque chose aussi de l'effet de groupe, abrutissant, et des personnages qui se révèlent lorsqu'ils sont seuls sur leur banquette. Le voyage n'est pas de tout repos mais vaut le coup d'être vécu.

4/6

The We & the I est diffusé mardi en avant-première dans le cadre de Paris Cinéma