lundi 12 juillet 2010

Le Palmarès


Prix du jury: La Rivière Tumen

Prix du public: Cleveland contre Wall Street

Prix du jury étudiants: La Rivière Tumen

Prix du jury blogueurs: Le Braqueur

Les critiques des films en compétition


Le Palmarès du Festival Paris Cinéma sera annoncé ce soir! Qui, des 8 films présentés, se verra décerner le prix du jury? Retour sur une compétition éclectique avec les critiques de tous les longs métrages sélectionnés.

Alamar
Le Braqueur
Cleveland contre Wall Street
If I Want to Whistle, I Whistle
Mundane History
La Rivière Tumen
Sawako Decides
Sweet Little Lies

Tamara Drewe - Avant première


Avec son nez refait, ses jambes interminables, son job dans la presse people, ses aspirations à la célébrité et sa facilité à briser les coeurs, Tamara Drewe est l'Amazone londonienne du XXIe siècle. Son retour au village où vécut sa mère est un choc pour la petite communauté qui y prospère en paix. Hommes et femmes, bobos et ruraux, auteur de best-sellers, universitaire frustré, rock star au rancart ou fils du pays, tous sont attirés par Tamara dont la beauté pyromane et les divagations amoureuses éveillent d'obscures passions et va provoquer un enchaînement de circonstances aussi absurdes que poignantes.

Peu de temps après son mésestimé Chéri, adaptation brillantissime de Colette et de son esprit, Stephen Frears adapte cette fois Tamara Drewe, roman graphique passablement ennuyeux sorti en 2007 et signé Posy Simmonds. Mais si Frears pouvait compter sur le talent de Christopher Hampton pour transposer Colette à l'écran, Tamara Drewe doit se contenter de la novice Moira Buffini, qui montre assez rapidement son incapacité à transformer le mollasson matériau de base en or. Soit une comédie bucolico-flapie peuplée de gens médiocres ou détestables (une ado débile, un écrivain couard, une Momone aux fourneaux, une pouf en short), qui se cognent les uns aux autres dans cette inconsistante foire aux vanités tandis que les vaches paissent dans le champ d'à côté. Dans l'insipide rôle-titre, découvrez Gemma Aterton, qui ferait une belle dauphine pour l'épouvantable Miss Freida Pinto (la Barbie gniiih de You Will Meet a Tall Dark Stranger, vue l'année dernière en Barbie gniiih dans Slumdog Millionaire, bientôt en Barbie gniiih dans Miral de Schnabel) dans le registre fausse actrice mais vrai mannequin. Malgré le cynisme du dénouement, Tamara Drewe reste une parenthèse mineure et très oubliable.

2/6

Tamara Drewe est présenté ce soir dans le cadre du festival.

Kaïro - Séance culte


Taguchi, un jeune informaticien, est retrouvé pendu dans son appartement. Sous le choc, ses collègues cherchent à en savoir plus sur ce suicide inexplicable.

ULTRA MODERNE SOLITUDE

Au début de l’année 98, Hideo Nakata renverse le box office nippon en ressuscitant le film de fantôme japonais avec Ring. Trois ans plus tard, Kaïro, de Kiyoshi Kurosawa, s’inscrit dans la même nouvelle vague horrifique, où le fantôme ancestral traditionnellement plongé dans un Japon rural s’invite dans les mégalopoles high-tech de l’archipel. Mais l’approche de Kurosawa, plus cérébrale, diffère de celle de Nakata, plus ancrée dans la série B. Le fantôme de Kaïro n’est même pas vengeur puisqu’il n’y a rien à venger. Le ciel de Tokyo selon le cinéaste est déjà fantôme. Kaïro peint une société japonaise de l’ultra moderne solitude, celle des otakus enfermés chez eux, celle où la communication passe avant tout par internet. Le spectre est une métaphore de cet isolement qui menace les personnages, jusqu’à ce que ces derniers ne se perdent définitivement car, entend-on, "la mort est un isolement éternel". Attaché plus particulièrement à des antihéros jeunes, Kurosawa expose des relations totalement asexuées, où l’on ne fait plus guère de différence entre le vivant et le fantôme, et où l’horreur rôde sans qu’elle ne soit frontale (jeu du point de vue, hors champ, travail sonore). Car dans un monde en pleine mutation, du Japon rural hanté au Japon perdu dans ses friches industrielles, au Japon high-tech et virtuel, l’identité de la jeunesse est troublée, privée de repères. Un mal-être qui ronge quelques étudiants qui se suicident, errent sur le net, ou disparaissent en ne laissant qu’une trace sur le mur. Comme des fantômes.

LA MENACE FANTOME

A la télévision, on ne parle plus que de disparitions, litanie des perdus de vue dans un monde qui se vide. Plus tard, la tête du présentateur télé est même coupée, participant davantage à la déshumanisation générale: les écrans multipliés, omniprésents, sont comme autant de fenêtres ouvertes sur un monde gagné par la fantômisation. Comme un miroir pour ceux qui les regardent. L’épidémie sonne comme une gangrène, mais aussi une vampirisation: une fois contaminées, les victimes ne disparaissent pas immédiatement, et traînent leur douleur dans les limbes de Tokyo. Dans le portrait réaliste du surnaturel, Kurosawa parsème quelques indices de l’au-delà. L’utilisation expressionniste des couleurs est un héritage direct d’un motif classique qui a survécu dans cette relecture du genre. Le fantôme classique apparaît toujours dans des lieux de passage entre les mondes. Un puit, un pont, l’orée des bois (ou une télévision chez Nakata). Kurosawa disperse les zones interdites rouges, rubans collés autour des portes ou peinture gribouillée dans un sous-sol. La mise en scène minimaliste du réalisateur est d’une précision implacable, pressant ses personnages dans le cadre (entourés des marques rouges, cachés par des vitres ou rideaux transparents) ou étirant les séquences pour raviver la tension dramatique (le saisissant suicide tourné en un plan). L’inquiétante étrangeté chez Kurosawa passe aussi par le traitement théâtral et pictural des fantômes, dont la gestuelle semble échappée d’une toile de Bacon. Ainsi s’organise le monde flottant de Kaïro, entre ultra-réalisme et surnaturel poétique.

LA GRIFFE DU PASSE

"Je pense que le Japon connaît actuellement une période de chaos. Le système des valeurs traditionnelles est en train de s’effondrer même si certains s’efforcent de le préserver à tout prix. Moi je pense au contraire que nous avons besoin d’un véritable renouveau. Et pour ce faire, il est nécessaire de passer par une destruction totale de tout cela". A partir de cette citation, Kiyoshi Kurosawa déploie une vision apocalyptique impressionnante. La ville, dévorée par une technologie qui a pris le contrôle, et sa jeunesse, au bord de l’autisme, sont malades. Kaïro témoigne d’une angoisse urbaine bien réelle à travers le fantastique. Le fantôme est ici une figure classique de la crainte, réminiscence enfouie ou danger imminent. Mais Kaïro, comme tout un pan de l’horreur de l’après Hiroshima, se souvient du désastre atomique, et l’imprime sur sa pellicule. Dans sa cité anéantie, Kurosawa filme un endroit étrange, en cendres, où les morts sont figés comme les corps calcinés de la Seconde Guerre Mondiale. D’ailleurs, l’avion quadrimoteur qui s’écrase lors des dernières minutes paraît totalement anachronique, comme si, dans l’apogée insensée du ravage, une faille temporelle s’était ouverte. D’ailleurs, lorsqu’elles disparaissent, les victimes ne laissent derrière elles non pas une dépouille, mais une trace de suie au mur, ou des cendres qui se dispersent au vent. Ou comment, dans son analyse passionnante et précise d’un Japon d’aujourd’hui, Kurosawa établit les racines de peurs devenues archétypales, culturelles et historiques.



Kairo est présenté ce lundi soir dans le cadre de la rétrospective consacrée au pays à l'honneur, le Japon.

dimanche 11 juillet 2010

Le Dernier été de la Boyita - Avant première


Ne partageant plus les jeux de sa soeur aînée devenue adolescente, Jorgelina part en vacances avec son père dans un ranch. Elle retrouve le jeune Mario, qui a peu de temps à lui consacrer tant il est sollicité par les tâches du ranch. Une complicité les conduit à échanger leurs secrets... A partir du point de vue d'une petite fille qui découvre l'adolescence et ses mystères, le film raconte un été pas comme les autres , où les jeux de l'enfance se terminent et une identité sexuelle commence.

Deuxième long métrage d'une réalisatrice venue d'Argentine, ex-assistante de Walter Salles ou encore d'Isabel Coixet, Le Dernier été de la Boyita fait le récit de la perte d'innocence de deux enfants, dans un décor pastoral propice aux mystères et aux découvertes. Ceux qui pensent, avec un tel pitch, avoir déjà vu le film avant même d'y jeter un œil se trompent: Julia Solomonoff réussit avec talent à s'éloigner du programme imposé, faisant preuve d'une sensibilité essentielle pour traiter les ambiguïtés de ses questionnements sexuels. Dès le générique, illustré à la façon d'un manuel de médecine, Solomonoff offre un regard clinique de la sexualité, à l'image de cette séquence où la jeune héroïne parcourt les pages d'un livre qu'elle referme bien vite. La crise identitaire à hauteur d'enfants, celle qui intéresse la réalisatrice, pose d'autres questions, voit le monde autrement. Dans Le Dernier été de la Boyita, l'inquiétude, la défiance, sont adultes, même si à cet âge clef, pas encore adolescents mais plus vraiment enfants, Jorgelina s'interroge, tandis que Mario ne se débarrasse jamais vraiment de cet air soucieux. Solomonoff dédramatise, ligne de conduite qu'elle tiendra jusqu'au bout, au plus près du point de vue de ses jeunes héros.

Pourtant, quelque chose se passe. Aux fleurs des prés succèdent ces plans sur des fruits visités par des insectes. Le décor est pourtant celui d'un paradis, proche d'un poster pour jeune fille: des chevaux en liberté sous un ciel de vanille. Mais le paradis est peut-être perdu. Les enfants croisent une peau de serpent, c'est l'heure de sa mue. On guette les premières règles, on se teste à des jeux virils (des courses de chevaux). Solomonoff filme la puberté, le passage d'un âge à un autre non pas comme une anecdote de vacances, mais comme une véritable métamorphose. L'été s'achève, et rien ne sera vraiment comme avant. Avec grâce (la lumière sur le visage défait de la mère, apprenant la vérité) et sens de l'ellipse (le dénouement entre Jorgelina et Mario, comme fantasmé), Le Dernier été de la Boyita se distingue et fait de sa réalisatrice un nom à suivre.

4/6

Le Dernier été de la Boyita est présenté ce soir dans le cadre du festival.

Poetry - Avant première


Dans une petite ville de la province du Gyeonggi traversée par le fleuve Han, Mija vit avec son petit-fils, qui est collégien. C’est une femme excentrique, pleine de curiosité, qui aime soigner son apparence, arborant des chapeaux à motifs floraux et des tenues aux couleurs vives. Le hasard l’amène à suivre des cours de poésie à la maison de la culture de son quartier et, pour la première fois dans sa vie, à écrire un poème.

Au bord d'une rivière, des enfants jouent. Sur l'eau dérive, peu à peu, un cadavre, jusqu’à atteindre la berge et achever sa course. Le titre apparaît à l’écran : Poetry. Dès ces premiers instants, la poésie est liée au morbide, chant lugubre du tragique accompagnant cette étrange scène. Mija, 65 ans, perd ses souvenirs. Souffrant d’Alzheimer, alors que les mots se dérobent, elle cherche un autre moyen d’expression, de vivre, de dire et de voir le monde. La poésie là encore, alors qu’elle sent les années passer et se souvient du destin de poète que lui a prédit jadis une institutrice. Lee Chang-dong filme son réveil comme un combat, sa quête artistique comme une lutte existentielle. On savait, depuis le sublime Oasis et le puissant Secret Sunshine, que le réalisateur coréen était un des maîtres actuels du mélodrame, dont les paris dramatiques sont aussi démesurés que brillamment relevés. Poetry ne joue pas l’encore. S’inscrit dans une autre tonalité. Le cinéma coréen nous avait offert en début d'année un autre portrait matriarcal avec l’extraordinaire Mother de Bong Joon-ho. Noir et vénéneux. Poetry ressemble à son envers, pourtant ces deux grands films sont unis par une même complexité.

Où trouver la poésie dans l’existence, où trouver le salut quand la grâce comme l’inspiration semblent inatteignables ? Dans son précédent film, Lee Chang-dong suivait le chemin de croix d’une mère, cherchant un rayonnement intérieur dans une vie scarifiée par la tragédie. Le quotidien de Mija semble partagé entre l’horreur (son petit fils mêlé au viol d’une lycéenne suicidée) et le trivial (les élèves du cours de poésie et leurs médiocres essais), le scabreux (l’argent à récolter pour la mère de la victime) et l’inéluctable (on lui annonce qu’elle est atteinte de la maladie d’Alzheimer). Et le chemin vers la poésie est jalonné de faux-semblants, elle qui s’extasie devant un bouquet de camélias qui ne sont que des fleurs en plastique. Lee Chang-dong suit le parcours de foi d’une femme en quête de lumière, route jonchée d’abricots tombés de l’arbre, d'embuches en désillusion, et cette pulsion de vie qui prend le dessus. Subtil, parfois amer mais pourtant lumineux, Poetry est évidemment portée par son actrice, fantastique Yun Junghee. Et s'achève en lévitation, durant une ultime demi heure qui constitue parmi ce qu’on a vu de plus beau au cinéma cette année.

5/6

Poetry est présenté ajourd'hui dans le cadre du festival.

Un homme qui crie - Avant première


Le Tchad de nos jours. Adam, la soixantaine, ancien champion de natation est maitre nageur de la piscine d'un hôtel de luxe à N'Djamena. Lors du rachat de l'hôtel par des repreneurs chinois, il doit laisser la place à son fils Abdel. Il vit très mal cette situation qu'il considère comme une déchéance sociale. Le pays est en proie à la guerre civile et les rebelles armés menacent le pouvoir. Le gouvernement, en réaction, fait appel à la population pour un "effort de guerre" exigeant d'eux argent ou enfant en âge de combattre les assaillants. Adam est ainsi harcelé par son Chef de Quartier pour sa contribution. Mais Adam n'a pas d'argent, il n'a que son fils...

Depuis treize ans et Kini et Adams d'Idrissa Ouedraogo, pas un film d'Afrique noire n'était parvenu à se glisser parmi les candidats à la Palme d'or au Festival de Cannes. Mais ça n'est pas la seule des distinctions d'Un homme qui crie, nouveau long métrage du Tchadien Mahamat Saleh Haroun, quatre ans après son très beau Daratt, primé par le jury de Catherine Deneuve au Festival de Venise. Dans Daratt justement, la guerre était un mauvais souvenir qui rejaillit, un traumatisme que l’on devait faire payer aux oppresseurs. Dans Un homme qui crie, elle est plus proche, on ne la voit jamais mais elle peut surgir à tout moment, menace invisible mais qui encercle les personnages. Haroun donne à voir un quotidien que tous espèrent paisible, au Tchad, installé malgré tout dans le contexte d'une pression sociale difficile. Si Daratt avait des allures de conte, Un homme qui crie aborde plus frontalement la réalité d’aujourd’hui, comment le conflit s’immisce dans la vie de quelques individus en proie à des difficultés (le père, contraint à un effort de guerre, doit fournir de l’argent… ou son fils) et qui vont être acculés jusqu’à l’irréparable. Un homme qui crie est porté par la relation ambiguë et complexe, à la dimension mythologique, entretenue par un père et son fils, puissant moteur tragique d’une histoire dont la simplicité narrative fait l’efficacité. Jusque son dénouement crépusculaire, magnifique et poignant.

5/6

Un homme qui crie est présenté ce soir dans le cadre du festival.

Le Dernier maître de l'air - Avant première


Air, Eau, Terre, Feu : quatre nations destinées à disparaître, englouties par une guerre sauvage engagée, depuis un siècle déjà, par la Nation du Feu contre les trois autres nations. Mettant au défi son courage et son aptitude au combat, Aang (Noah Ringer) découvre qu’il est le dernier d’une lignée d’Avatars capables de manipuler les quatre éléments. Il s’allie à Katara (Nicola Peltz), un Maître de l’Eau, et à son frère Sokka (Jackson Rathbone), afin de rétablir l’équilibre d’un monde ravagé par la guerre.

Adapté d'une série animée bien-aimée des kids, Le Dernier maître de l'air tranche assez radicalement avec les thrillers surnaturels de M. Night Shyamalan, dont les contes eux-mêmes (La Jeune fille de l'eau) ne s'adressaient déjà pas vraiment aux enfants. L'inquiétude intimiste contre une épopée fantasy qui convoque l'eau, l'air, la terre et le feu. Le bestiaire du Dernier maître de l'air offre une certaine richesse, épousant une spiritualité que Shyamalan a voulu proche de l'univers de Miyazaki, l'un de ses maîtres, où l'opposition du bien et du mal ne semble pas être un réel enjeu. Le petit héros de Shyamalan, comme ceux de ses précédents longs métrages, est marqué par un destin, a une mission dont il doit trouver l'issue et le sens en lui-même. Mais le réalisateur, qui a pourtant imposé sa patte (et avec quel brio) sur le cinéma fantastique, ne retrouve pas ici la même inspiration. On espérait, à la façon d'un Ang Lee sur Hulk (décrié à sa sortie, mais qui reste pourtant une des propositions de blockbusters les plus ambitieuses de ces dernières années), une appropriation, un détournement de la marque Avatar (titre original de la série, abandonné pour des raisons évidentes lors du passage en salles). Si Le Dernier maître de l'air, effectivement, se distingue, c'est pour de bonnes... et de mauvaises raisons.

D'abord cet espèce de kitsch bizarre de tai-chi mini masters qui traverse tout le film. Et ces tentatives parfois, à contre-courant, mais pas totalement réussies, comme ce combat des éléments, dans un village, où le cinéaste refuse le découpage frénétique et privilégie la fluidité flottante, d'air et d'eau, du plan séquence. Le dénouement, épique, constitue également un des moments forts du film, rappelant en pointillés la majesté dont peut faire preuve le réalisateur (même si la 3D, qui ne consiste ici qu'à dresser un voile gris sur l'image, tend à tout rendre terne). Mais on ne sait guère se situer devant cette œuvre hybride, trop naïve, ampoulée et premier degré pour les adultes (là où Shyamalan a pourtant déjà réussi, sérieux comme un pape, à nous faire prendre des vessies pour des lanternes), et au tempo trop lâche pour le jeune public. M. Night Shyamalan dit avoir fait ce film pour ses filles. C'est fait. On peut être heureux, aussi, de l'entendre vouloir revenir, dès son prochain projet, au genre qui l'a fait roi.

3/6

samedi 10 juillet 2010

Cleveland contre Wall Street - Compétition


Le 11 janvier 2008, Josh Cohen et ses associés, avocats de la ville de Cleveland, assignent en justice les 21 banques qu’ils jugent responsables des saisies immobilières qui dévastent leur ville. Mais les banques de Wall street qu’ils attaquent s’opposent par tous les moyens à l’ouverture d’une procédure. Cleveland vs Wall Street raconte l’histoire d’un procès qui aurait dû avoir lieu. Un procès de cinéma, dont l’histoire, les protagonistes et leurs témoignages sont bien réels...

La plainte est réelle, les témoins aussi. Comme le juge, les avocats, le jury. Le procès, pourtant, ne l'est pas, du moins pas encore. Le Suisse Jean-Stéphane Bron avait en tête de faire un documentaire sur ce cas: Cleveland contre Wall Street. Mais, procès repoussé et repoussé encore, le documentaire va prendre une autre forme, sur une scène de fiction, mais où les acteurs n'en sont pas, où le texte n'est pas écrit. Un dispositif qui, s'il se déroule dans un décor de fictionnel (le procès n'aura peut-être jamais lieu), est malgré tout un documentaire, sur ce cas particulier comme sur la démocratie en général. Subprimes, prêts non réguliers, titrisation: la grande force de Cleveland contre Wall Street est de rendre intelligibles des termes qui peuvent rester abstraits pour celui qui ne s'y connait ni en immobilier, ni en économie, et de rendre très concrète une lointaine et pourtant omniprésente histoire de chiffres. Pour établir des faits, on doit les décortiquer. Et Jean-Stéphane Bron fait preuve d'un didactisme qui est ici une vraie qualité, lui-même qui avoue qu'il n'y connaissait pas grand chose avant de s'occuper de cette affaire. Celle-ci prend la dimension d'une enquête, puissante et édifiante, assez éloignée des méthodes d'un Michael Moore, qu'il s'agisse du traitement ou du dénouement. Remarqué lors de sa présentation à la Quinzaine des réalisateurs, Cleveland contre Wall Street s'impose en tout cas comme un des favoris (voire le favori) pour un gros prix, ce lundi.

5/6

L'Arbre - Avant première


En Australie, Dawn et Peter vivent heureux avec leurs quatre enfants à l'ombre de leur gigantesque figuier. Lorsque Peter meurt brutalement, chacun, pour continuer à vivre, réagit à sa manière. Simone, la petite fille de 8 ans, croit que son père vit à présent dans l'arbre. Un jour, elle initie Dawn à son secret...

Révélée en 2003 par son beau Depuis qu’Otar est parti…, Julie Bertuccelli n'avait, depuis, plus trop donné de nouvelles. La voici de retour avec L'Arbre, son second film, choisi pour faire la clôture du Festival de Cannes. L’histoire d’un deuil, encore une fois, et une autre façon de le fuir. Alors que le deuil d’Otar est un douloureux secret qu’on cache à la grand-mère, celui de L'Arbre est nié par une fillette qui imagine que son père lui parle depuis l’arbre du jardin. Nié, à peine, car L'Arbre joue très (trop?) légèrement la carte du fantastique, quelque part entre le conte et l’animisme. La nature dans cet Arbre prend une très large place. Les décors sont sublimes mais ne sont pas qu’une simple coquetterie : la nature sauvage est partout, l’arbre vit, saigne, entoure la maison de ses bras, comme si l’âme du défunt ne quittait jamais vraiment les lieux. Julie Bertuccelli déçoit parfois, par un traitement psychologique un peu léger, un peu lisse, faisant intervenir des personnages secondaires (les voisines, l’amant) presque sortis de conventions hollywoodiennes. Mais la réalisatrice brille aussi dans ce registre de légèreté solaire, où la mélancolie est équipée de quelques jolies ailes pour voler. Charlotte Gainsbourg, comme à son habitude, est parfaite, en grâce et en douceur, comme la voix de Patrick Watson qui résonne enfin, en totale adéquation avec la délicatesse du film.

4/6

L'Arbre est présenté ce soir dans le cadre du festival, sous réserves de mouvement social.